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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 17:39

Le cheval de turin

 

L'EFFONDREMENT

 

En Italie, au matin du 3 janvier 1889 sur la Piazza Carlo-Alberto de Turin, le philosophe Allemand Friedrich Nietzsche sortant d'un hôtel, aperçoit un cheval d'attelage éreinté se faire cravacher violemment par son cocher. il se jeta en larmes au cou du fière animal cruellement frappé pour le protéger, l'embrassant de toute son affection, puis perdit la raison, s'enfonçant définitivement dans la démence (paralysie progressive) jusqu'à sa mort le 25 août 1900. Qu'est devenue le cheval ? S'agit-il de celui (une jument) qui apparaît à l'image, fatigué et tirant une charrette conduite par un vieil homme au visage rude, sur une plaine désolée à la brume épaisse ? Une voix off émergente, nous répond que non, mais...Ainsi débute cet étrange long-métrage planifié en six tableaux (une anti-création de 6 jours) du réalisateur et cinéaste Hongrois Béla TARR, qui a obtenu le grand prix du jury et le prix Fipresci de la critique internationale au festival de Berlin (2011). En pleine campagne désertique et hostile (la Puszta) survivent un vieux paysan (Jànos Derzsi) et sa fille dans une maison à moitié ébranler au rythme d'un travail qui n'existe plus. La fille (Erika Bók) que son père (paralysé de son bras droit) du nom d'Ohlsdorfer appelle "toi", l'aide à s'habiller de guenilles raccommodées et prépare le repas unique de pauvreté, déposer dans leurs gamelles de bois : 2 pommes de terre bouillies, qui seront épluchées et dévorées avec une frénésie sidérante par les deux êtres. Une tempête aux vents violents sévie sur une terre desséchée. Elle est le prélude de la fin d'un monde. Au loin sur la colline, s'agite désespérément, un grand arbre mort et solitaire. Le vent en tourmente siffle une bien singulière mélodie, celle d'une foule de choses, hurlantes dans l'agonie d'une furieuse vengeance inconnue. A l'intérieure de l'étable perforée par la lumière grisâtre d'un jour moribond, le cheval ancien et fourbu, refuse de boire, de manger. il l'a décidé et n'ira pas plus loin. S'en est fini de tirer en traînant derrière lui, comme un esclave, une bête, la charrette minable qui sert de trône déchu à l'homme cupide et profanateur de vie, son maître en décadence. Une routine assommante au sein du pauvre foyer, emménage le rituel saint : se lever, s'apprêter pour la besogne, aller puiser l'eau dans le puits extérieur, laver le linge du corps sale, faire cuire les patates, boire un coup, regarder par la fenêtre, pour voir si l'existence est encore là, en un mot : s'éterniser. Le père aux cheveux hirsutes, le regard noir sans pitié sur une longue barbe fournie, crache un peu ses poumons (faut bien s'occuper comme on peut), constate par audition, que les vers ont cessés de ronger le bois de la vieille mansarde. Le destin historique est en marche. Les êtres s'affaissent sur eux-mêmes, rampant dans leurs pesanteurs, la servitude finale. Le labeur interdit qui fait éclore le temps libre, du mensonge infinie. La désintégration du vouloir universel. Heureusement on boit deux coups de Pàlinka (eau de vie), histoire de camoufler par la brûlure, une médiocre alimentation de laborieux. Cette misère, c'est la vie emprisonnée, dans sa répétition infernale qui agace et ulcère les chairs des entrailles de la mauvaise foi, le rêve du lendemain vite balayé par l'absurdité de l'identification du sans fin de toujours, la grande litanie saisonnière du tragique. La solitude et le dénuement dévorent à l'extrême, les regards ironiques des corps usés et figés par la mélancolie mortelle du quotidien que présente le silence. Ensuite vient le voisin du lointain, l'homme à la canne, le Bernhard (Milhàly Kormos), l'annonciateur de "bonnes" nouvelles qui réclame une bouteille de cette Pàlinka traditionnelle, tout en sortant de sa langue de vipère, les âneries du baratin prophétique : les hommes après avoir pillés et souillés la terre pendant des siècles (apocalypse XI -18) afin de posséder par la violence ce qui était à eux, ont détruits leurs natures. La terre est mourante. Les nobles qu'en à eux, on vu en la réalité, qu'il n'y avait aucuns dieux, pas de dieu, le bien et le mal ayant disparus. Bien que connaissant cette vérité dans leurs coeurs, ils sont restés tièdes. Sans réaction, ils se sont affaiblis, puis éteints. Un évènement primordial arrive, et Dieu, dit on, y participe de sa volonté. Foutaise ! assène le père rebuté par l'écho. L'homme repart dans la tourmente au vent furieux en titubant, se perdant au lointain brumeux. La parenthèse se referme. La vie austère reprend : entretenir les braises du feu, peler et engloutir avec ses doigts sa pomme de terre brûlante, remettre de l'huile dans la lampe d'éclairage, la présence rayonnante. il faut tenter de faire manger le canasson figé et récalcitrant, dont le regard fatigué est d'une profondeur inouïe. Mais aussi se laisser subjuguer par les ombres supérieures qui se projettent sur le mur de cette âtre divine, une caverne à barreaux, baignée de cette musique (Mihàlyvig) récurrente et désolante à souhait, une sorte de prière monotone pour violoncelle et orgue. La plainte inéluctable et fatale "qu'il faut toujours revenir à son malheur pour en rire". Les coups d'oeil sur l'autre sont vitreux mais spontanés. le tandem indigent est déplorable. Seul le père donne des ordres. Soudain, au troisième jours, un groupe de tziganes exubérants surviennent sur une carriole tirées par deux chevaux blancs. ils se dirigent vers le puits. ils baragouinent en jurant à tout ce mauvais vent, assoiffés d'eau claire. Le père les insulte tout en les chassant. Un des tziganes, une sorte de patriarche enbâtonné donne un mystérieux livre à la fille. ils repartent en vociférant, que l'eau et la terre leurs appartient et qu'ils reviendront d'ici peu. Après avoir ingurgiter en bonne partie la pomme de terre chaude habituelle, la fille tente de lire avec peine mais concentration une page du volume offert. il est question de lieux saints et de sacrilèges. Le lendemain, elle découvre que l'eau du puits à disparue, celui-ci étant à sec. Tout est mort, et le vent ne cesse de battre son déchaînement, alors on charge ses maigres affaires, une cruche de Pàlinka, un sac à patates, une paire de chaussure, une vieille photo portrait d'une femme passé, sur la charrette squelettique nouer de lambeaux de tissus. Le pauvre cheval est attelé derrière la carriole tirée de l'avant par la fille et à peine aidé sur le côté par son père. Tous ensemble, ils s'acheminent vers le vieille arbre tourmenté par le souffle de la dévastation ultime. Voila ! Es la fin  de ce film sombre et contemplatif au cadrages hypnotiques d'un matérialisme formel ? Non, les revoilà, comment est-ce possible, cette torture n'en finira donc-t-elle jamais ? C'est l'éternel retour du lassant en route vers la renaissance. Tout ce petit monde, réintègre leur place d'origine, et là, une image sublime, d'une beauté hallucinante jaillit des effets de l'éloignement en rapprochement du plan : le visage de la fille collée à la fenêtre, balayé par le blanc-gris des bourrasques du vent eschatologique, se métamorphose en la figure douce et sévère du crucifié encadré dans son icône, puis en quelques secondes, en une face de lion. Qu'elle merveille ! Ce qui me rappelle un passage du premier discours du Ainsi parlait Zarathoustra :"Créer des valeurs nouvelles, le lion même ne peut pas encore, mais se rendre libre pour la création nouvelle, c'est ce que peut le puissance du lion, se faire libre, opposer une divine négation, même au devoir : telle, mes frères, est la tâche où il est besoin de lion." Au 5ème jour, le monde enténébré se désagrège de son soleil. Dehors, la clarté grisée à laisser place à une mélasse obscure constellée de feuilles mortes à peines visibles, emportées par les rafales du vent enragé. La pesanteur en est harcelée. Un événement déterminant va témoigner l'esprit. Le père à l'oeil louche et sa fille palote toute résignée, se pointent dans l'étable où règne en silence sur ses quatre fers, le vieux cheval indigné, sage comme une image respectable, néanmoins plus fort que la vie. Le robuste fermier enlève le licou de l'auguste animal qui marque, soudain, par sa présence, tout l'espace présent.Tout son être, son regard, sont d'une puissance inimaginable. Lui, il est vivant ! Les portes massives de l'étable se referment sur le mammifère sacré. Le soir est une nuit achevé qui n'en finiras jamais. Dans la demeure éclairée par le fourreau incandescent, la fille essaye de rallumée la mèche de la lampe à huile pourtant remplie, qui s'éteint sans explication. Elle brandit de ses mains une branche de bois enflammée pour renouveler l'expérience. Rien. Elle lâche dans un juron :"c'est quoi cette histoire ?" Même les braises du feu, ce dernier dieu, s'éteignent. Le sixième matin est crépusculaire. Le père et la fille sont assis à table, face-à-face. Lui, croque une pomme de la terre crue. Elle, maintien son regard rivé en elle même, sa tête penchée. Une lueur fantomatique les enveloppes. C'est la fin. Vraiment ? A Torinói Ió (2011) est donc un film radical et exigent émotionnellement, d'une grande simplicité à la lenteur irréprochable, d'un noir et blanc atmosphérique de 146 min réalisé en 48 jours, co-production Hongroise avec la France, l'Allemagne et la Suisse, par l'emblématique et visionnaire Béla TARR (le tango du diable (1994), les harmonies werckmeister (2000), l'homme de londres (2007). Le cheval de turin est et sera son dernier film, son ultime chef-d'oeuvre cinématographique aux larges plans séquences de plus 8 minutes en contre-jour. Une poétique du réel. Bouleversant. Un adieu.

 

le cheval de turin

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Published by the visionnaire - dans cinéma
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