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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 16:54

henry darger-copie-1

 

POSSESSION

 

Deuxième partie : En solitaire pendant la période (1932 à 1971) de sa pauvre existence, Henry DARGER accumule une grande quantité de journaux sur les modes enfantines, des revues illustrée, y découpes et duplique en série les photos ou les images, qu'il dispose en collage tout en modifiant leurs formats pour les agrandires par décalque sur de grande plaque de papier en réchampissent leurs fonds et détails au moyen de peinture à gouache, de crayon de couleurs, d'aquarelle, de stylos. Des centaines d'images, qui peuvent atteindre jusqu'à 3 mètres de longueur, sont ainsi crées, élaborant par assemblage de feuilles collées entre elles, de grands dessins panoramiques recto-verso en triptyque dont certains sont griffonnés de petites légendes explicatives. il semble que de son vivant, seul un ami aussi marginal que lui, Whilliam ("whillie") SCHLOEDER, ait pu apercevoir sa mystérieuse production en décalcomanie bardée de couleurs volatiles. Henry le taciturne s'inspire pour la création de ces petites héroïnes, d'albums d'enfants à colorier et principalement de Little Annie ROONEY (la petite Annie), la jeune orpheline brune et protagoniste d'un comic-strip Américain publié de 1927 à 1966, une émanation d'un autre personnage dessiné : Little Orphan Annie (1924). Quant aux Vivian Girls, véritables clones, elles ressemblent à s'y méprendre à une petite fille blonde, l'effigie de la marque américaine Coppertone, une crème solaire pour bambins, ou sous d'autres aspects, éventuellement à Shirley TEMPLE (1934), l'enfant-star aux bouclettes dorées. Les nombreuses scènes de batailles et de bombardements représentés dans The Realms Of The Unreal rappelle ceux de la première guerre d'indépendance (1775-1783) et sa suite (1812-1815). Les uniformes des méchants Gladéliniens aux soldats de l'époque victorienne (1832-1901) du royaume-uni ou à ceux des troupes confédérées américaines. Henry le silencieux fit lui-même un bref passage au service militaire (1917). Les nombreux paysages champêtres aux ambiances bucoliques transpercés d'éclairs vertigineux qu'il peint magnifiquement sembles inspirés de l'environnement de Heidi (adélaïde), la petite montagnarde inventée par l'écrivain Suisse-Allemande, Johanna SPYRIN (heusser) 1827-1901. Des panoramas clairsemés pour l'occasion de fleurs géantes ou de palmiers exotiques dont les nuances chatoyantes marquées par des phénomènes atmosphériques qui les accompagnes ne sont pas sans rappeler ceux du monde féerique du magicien d'Oz (The Wonderful Wizard Of Oz) où est emportée la jeune Dorothy pendant le passage d'une tornade sur sa ferme du Mid-Ouest (kansas) dans le conte pour enfants du réalisateur américain Lyman Frank BAUM (1856-1919). Mais le monde rêvé de DARGER (fort maladroit en dessin) est unique et toute ressemblance avec des personnages imaginés par d'autres serait bien sûr fortuite. il apparaît, tout au contraire, que la base qui sert à toute cette réalisation de spectacle coloré et halluciné soit réelle et éprouvée, de provenance directement pulsionnelle de la constitution personnelle même de l'artiste. Ainsi, comprendre cette oeuvre plus que déroutante nous est malaisé, n'étant pas destinée à l'exposition calculée de nos regards inquisiteurs de petits curieux. Conjointement aux royaumes de l'irréel, Henry DARGER compose sur plus de 11.000 pages, un nouveau récit onirique : "Crazy House. Further Adventures At Chicago" (la maison folle : nouvelles aventures à chicago (1939). À l'intérieur d'une maison hanté située sur la région d'Adams et d'Halsted Street, survie un groupe d'enfant en pleine détresse, affamés par le dénuement le plus noir. ils seront assassinés violemment par des sortes d'esprits malfaisants débordant de perversions des plus insidieuses. Les rares survivants font alors appels pour leurs protections aux 7 soeurs Vivian et leurs frères jumeaux qui après de maintes aventures éprouvantes réussiront à anéantirent les fantômes vicieux par de bizarres rituels d'exorcismes et de leurs constantes présences spirituelles pendant les service dominicaux en l'église Saint-Patrick. En 1959, meurt Schloeder, l'ami lointain, fidèle correspondant de Darger. Le peintre des petiotes en fleurs continue ses étranges illustrations et prend sa retraite cinq années après. Entre deux messes, il rédige en partie son autobiographie manuscrite en 8 volumes sur 5084 pages à l'âge de 76 ans (1968) en le signant du pseudo "Dargarius in Brazilian". C'est The History Of My Life (l'histoire de ma vie, 206 pages) avec des comptes-rendus météorologiques (incendie, cyclone). Les trois-quarts des volumes écrits (4878 pages) sont consacrés à la description méticuleuse d'une énorme tornade qu'il nomme Sweeti-Pie, certainement en témoignage de celle du 25 novembre 1908 qui détruisit le village de Tampico dans l'illinois. il resta marqué toute sa vie par la colère du ciel, fasciné par la foudre de l'orage. C'est un vieil homme effacé et usé par une vie de tourments qui se fait renverser au pied de son immeuble par une voiture (1969). il ne marchera plus comme avant, sa condition physique douloureuse étant altérée. En novembre 72, le petit écrivain modeste devenue infirme est transporté à l'hospice de la mission catholique des petites soeurs des pauvres de Saint-Augustin où soixante-dix ans plus tôt son père y est décédé. L'artiste de l'irréel meurt inconnu de tous le 13 avril 1973 à l'âge de 81 ans. il est alors inhumé dans la fosse commune de la ville des Plaines (illinois). C'est en déblayant la misérable chambre (2ème étages) de l'ermite illustrateur, encombrée d'images pieuses et de détritus, que le propriétaire de l'immeuble, le photographe et désigner industriel, Nathan LERNER (1913-1997), en compagnie de sa femme Kiyoko, découvrit sous des piles de feuilles carbone entassées et de vieux journaux en tous genres qui s'élevait à coté d'une antique machine à écrire, les précieux volumes aux récits oniriques. En fouillant parmi les cartons d'emballages publicitaires recouverts de matériels à dessiner, les futurs légataires trouvèrent, bien assemblés en rouleaux, les terribles et stupéfiants collages poétiques aux perspectives subversives du vieux henry. Sa petite chambre-atelier à été miraculeusement recrée en l'an 2000 avec son fouillis d'origine (très correctement rangée) au centre d'art intuitif et naïf de Chicago, vaste ensemble de salles éducatives et de galeries consacrées à l'expression d'esthétisme autodidacte contemporaine : l'Intuit, The Center For Intuitive An Outsider Art situé au 756 Milwaukee Avenue dans la même ville. Darger le visionnaire, adorait crayonné les petites fées (du latin : fatum (fata): destinée), qu'il démembrait sur le papier dans l'obscurité de son antre solitaire, sont maintenant exposées en pleine lumière dans les musées du monde entier, répandant de part leurs minois affolés, une aura embarrassante sur les représentations obsessionnelles qui les assailles de plein fouet, décontenançant le spectateur-visiteur de sentiments singuliers et de perplexités. Un de ces décalques-dessins rehaussé de belles aquarelles et baptisé "Strorm Brewing" (l'orage se prépare. ce que la petite fille tient dans sa main n'est pas une fraise) est visible au musée de l'Art Brut situé à l'ouest de la Suisse (lausanne). L'Américan Folk Art Muséum (manhattan) continue d'explorer son œuvre tandis qu'une ribambelle d'esthètes "professionnels" de la scène contemporaine emprunte son "style" ou comme certains, le copie directement en inventant si possible tout un boniment explicatif sur l'intention psycho-criminelle du bonhomme coloriste et comble de l'ironie, lui le misérable qui fouinait dans les poubelles de son quartier en arpentant le bitume blême des rues sous un ciel hyper-parallèle bombardé d'éclairs fabuleux, les yeux pleins d'éclats violents, prospectant quelques vieux journaux pour continuer son puzzle teinté de rêves empoisonnés, il est aujourd'hui bien "vendu" au monde. Un seul de ses dessins vaut de 45.000 jusqu'à 70.000 dollars (christie's). Son oeuvre reste un mystère confié pour l'éternité en la très curieuse inscription (récente?) gravée sur sa pierre tombale au cimetière All Saint de la Ville des Plaines (illinois) : "Artiste, Protecteur Des Enfants". Mais lui, il s'en fiche. Le vieil Henry frissonnait sur un autre monde aux rythmes des insurrections de petites filles, expiant sur terre tel un possédé dédoublé, les yeux écarquillés d'un souvenir crucifié, la gigantesque violence du massacre des innocents sur un parterre de fleurs acidulées, parole hantée d'une enfance perdue. Inclassable. LES 7 SŒURS IMMORTELLES

 

henry darger (2)

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Published by the visionnaire - dans art
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